Dans son ouvrage, « DE L’INÉGALITÉ PARMI LES SOCIÉTÉS », Jared DIAMOND se donne pour ambition de nous faire découvrir les facteurs permanents qui auraient, selon lui, déterminé, comme une loi d’airain, l’évolution des sociétés humaines depuis la fin de la dernière glaciation jusqu’à nos jours, ce qui représente une période de 13.000 ans. (1)
Je précise tout d’abord qu’en utilisant l’expression de « loi d’airain » qui aurait pesé sur l’évolution des sociétés humaines depuis la Néolithique, je suis fidèle à l’esprit de l’auteur qui a d’ailleurs voulu affirmer sa thèse dans le titre même de son ouvrage.
En effet, le titre de l’ouvrage en anglais est nettement plus explicite que celui en français : « GUNS, GERMS, AND STEEL, THE FATES OF HUMANS SOCIETIES », titre qui se traduit en français de la façon suivante :
Canons, microbes, et acier, les Parques des Sociétés humaines. Selon le WEBSTER’S DICTIONARY, le mot "The Fates", repris du latin, signifie en anglais "Les Parques", divinités romaines qui décident de manière inflexible et impitoyable le destin de chaque homme. (2)
L'analogie est évidente, puisque l'auteur évoque trois phénomènes bruts désignés par l'auteur comme agents implacables du destin des sociétés depuis 13.000 ans.
C’est un titre à la Jean-Jacques ROUSSEAU avec son "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes" (1755) que le traducteur (ou l’éditeur) a préféré octroyer à l’ouvrage de Jared DIAMOND dont le titre est devenu « De l’inégalité des sociétés », Est-ce dans le but d’atteindre, avec le maximum d’efficacité, un public portée sur les questions philosophiques ?
Comme il le confie lui-même, dans son ouvrage, Jared DIAMOND, docteur en physiologie, est un spécialiste de l’évolution biologiques des oiseaux qu’il a étudiés en Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Australie et en Amérique du sud. Dans le même temps, ses séjours lui permirent de se familiariser avec « maintes sociétés humaines technologiquement primitives » (page 34).
La problématique telle que la pose Jared DIAMOND
Jared DIAMOND formule la problématique de l’évolution historique des sociétés humaines depuis la fin du dernier âge glaciaire, il y a 13.000 ans, par l’énonciation suivante :
« Certaines parties du monde ont créé des sociétés développées fondées sur l’alphabétisation et l’usage d’outil métalliques, d’autres ont formé des sociétés uniquement agricoles et non alphabétisées, et d’autres encore sont restées des sociétés de chasseurs et de cueilleurs avec des outils de pierre. » (page 11)
De cette situation, affirme Jared DIAMOND, découle, depuis 13.000 ans, une inégalité entre les sociétés humaines, qui fait que les premières ont conquis ou exterminés les deux autres.
Il convient de remarquer qu’il ressort de l’énoncé de Jared DIAMOND, que, selon lui, ce ne sont pas les hommes qui « créent » les « sociétés », mais certaines « parties du monde », c’est à dire des zones géographiques, autrement dit la nature (la terre, l’eau, le climat, les montagnes, la mer). Il découle de l’énoncé de Jared DIAMOND que la nature aurait la « volonté » de prendre la décision de créer les sociétés. On croit lire l’entrée en matière d’une sorte de nouvelle Génèse, matérialiste, où la nature remplacerait le Dieu de l’ancienne Bible.
Bien sûr, le lecteur comprend ce que, malgré la faiblesse de son expression, Jared DIAMOND veut dire : selon lui, la matière, comprise uniquement comme phénomène concret, palpable, visible, se trouve être à l’origine de toute formation sociale.
De plus, prétendre que d’autres parties du monde ont formé « des sociétés uniquement agricoles » est tout aussi aberrant, car toutes les « sociétés développées » sont passées, elles aussi, par le stade agricole pour s’urbaniser par la suite, outre qu’il paraît hasardeux de qualifier de « société » un clan de la préhistoire (biologiquement homogène) vivant de chasse et de cueillette.
Ce manque de rigueur est frappant chez une personne qui se présente comme un scientifique de haut niveau.
Quant à la prétendue « alphabétisation » des sociétés développées, ce n’est qu’un phénomène relativement récent dans les sociétés développées. Je préfère y voir une erreur du traducteur qui a confondu alphabétisme (système d’écriture composé de lettres) avec alphabétisation (enseigner la lecture et l’écriture aux analphabètes).
En réalité, la vraie question que se pose Jared DIAMOND tout au long de son ouvrage, de la première page jusqu’à la dernière page, est celle-ci :
« Pourquoi, (..), ce sont les sociétés européennes, plutôt que celle du Croissant fertile, de la Chine qui ont colonisé l’Amérique et l’Australie ? ». (page 614)
Car, la situation de domination sur le monde exercée par l’Europe, depuis le 15ème siècle, semble beaucoup chagriner Jared DIAMOND.
Jared DIAMOND ne veut voir dans cette domination que l’effet du hasard, provoqué par des phénomènes uniquement matériels, d’ailleurs venus de l’Asie du Sud-Est, de sorte que, selon lui, les Européens n’ont aucun mérite d’avoir créé des sociétés développées. Briser la superbe de cette Europe (État-Unis compris, où il vit), tel est l’objectif de son livre. Par quel moyen ? Pour Jared DIAMOND, l’Histoire doit devenir une science, s’inspirant de sciences comme « la génétique, la biologie moléculaire et la biogéographie appliquée aux cultures* et à leurs ancêtres sauvages* » (page 32). [Attention, il s’agit ici des cultures céréalières ou légumières et de leurs ancêtres sauvages]
La thèse de Jared DIAMOND
Pour Jared DIAMOND, les sociétés qui bénéficient des milieux les plus favorables pour son alimentation seront à même de supplanter et d’exterminer les autres moins favorisées vivant sur des terres plus ingrates.Selon Jared DIAMOND, tout, à la base, est une question d’alimentation.
Ainsi, pour qu’une société soit « supérieure » à d'autres sociétés, il est nécessaire qu’elle dispose :
- d’une installation sur des terres où la nature se montrerait prolifique et généreuse en céréales sauvages ;
- de la meilleures combinaison d’un certain nombre de cultures agricoles : céréales et de plantes légumières à forte concentration de protéines qui auront, au préalable, été domestiquées ;
- du plus grand nombre d’animaux domesticables de toute taille pour son alimentation, dont pourtant certains doivent être assez robustes et d’une taille assez importante pour qu’ils soient capables de transporter la production agricole, et bien sûr, aussi le matériel de guerre et les troupes ;
- d’une localisation géographique parfaite permettant à la société de bénéficier par simple diffusion des innovations culturelles (écriture), culturales (agricultures) et technologiques réalisées par d’autres sociétés ;
La meilleure alimentation et la réception rapide de ces innovations venues de l’extérieur permettra à la société de passer rapidement du stade de l’âge de pierre à l’âge de bronze puis à celui du fer, qui seront d’une grande utilité non seulement pour la production agricole, mais aussi et surtout pour la fabrication des armes de guerres (fusils, canons, épées, etc.).
En outre, l’élevage du bétail provoquera de graves maladies dans la population qui le pratique. Mais, au cours des siècles, cette population en sera finalement immunisée par l’habitude. Par contre, lorsque cette société envahira d’autres sociétés pratiquant moins ou pas tout l’élevage du bétail, ces maladies provoqueront des hécatombes dans les sociétés envahies. Par conséquent, nous dit Jared DIAMOND, l’élevage du bétail, ou du moins les microbes qui en sont la conséquences, constitue une arme de guerre. Je rappelle le titre originel anglais de l’ouvrage « canon, microbes et acier, les Parques, etc.).
Si elle est en possession de ces atouts, ladite société est, selon Jared DIAMOND, mécaniquement assurés du succès, à savoir conquérir d’autres sociétés. C’est le miracle de la méthode d’analyse causale, d’après laquelle chaque phénomène est obligatoirement l’effet du phénomène précédent et la cause du phénomène suivant.
Jared DIAMOND constate que, sur ce plan, c’est l’Asie qui a été privilégiée, en particulier, le Croissant fertile (Proche-Orient) où sont d’ailleurs nées les premières civilisations (Chine, Summer, Égypte, Arabe). Ce sont, selon Jared DIAMOND, les sociétés préhistoriques de cette régions qui vont conquérir les autres sociétés. Remarquons, au passage, qu’il oublie l’Inde.
Autre objection : chacun sait que c’est l’Europe qui, dans la période historique, va conquérir l’Afrique, l’Australie, l’Océanie, l’Amérique du Nord et du Sud, l’Antartique, etc. Jared DIAMOND est conscient de cette contradiction : sa théorie ne colle pas avec les faits historiques. Qu’à cela ne tienne, il « invente » un nouvelle aire géographique, homogène selon lui, l’Eurasie, englobant à la fois l’Europe et l’Asie. Dans cette Eurasie, la région Europe aurait pratiquement tout reçu de l’Asie, en cultures céréalières, en animaux domestiques, en métaux, poudre à canon, de telle sorte que, quels que soient par la suite les progrès techniques, intellectuelles qu'elle réalisera, l'Europe n’en aurait, selon l'auteur, aucun mérite. C’est ainsi que Jared DIAMOND arrive à écrire cette véritable loufoquerie à la logique incohérente :
« Les colons européens n’ont pas crée en Australie une démocratie industrielle, productrice de vivres et alphabétisée. Tous ces éléments, ils les ont importés de l’extérieur : le cheptel, toutes les cultures (sauf les noix de macadamia), les techniques métallurgiques, les machines à vapeur, les fusils, l’alphabet, les institutions politiques et même les germes. Il s’agissait à chaque fois de produits finis, fruits de 10 000 ans de développement dans les milieux eurasiens. Par un accident de la géographie, les colons qui débarquèrent à Sydney en 1788 avaient hérité de ces éléments (sic) » (pages 482 et 483). Bien sûr, Sydney n’existait pas en 1788. Ainsi, pour Jared DIAMOND, la démocratie, l’industrie et l’alphabétisation sont des inventions chinoise, arabe ou égyptienne. Pourquoi pas les cathédrales gothiques, l’industrie nucléaire et les vaccinations antirabiques et antivarioliques qui ont sauvé tant de peuples conquis par l’Europe ?
Jared DIAMOND prétend que la diffusion des innovations de Chine jusqu’en Europe du Nord, dans ce qu’il appelle, pour les besoins de sa cause, l’Eurasie, était facile sur l’axe Est-Ouest. C’est oublier les Chaînes de montagnes et le désert à traverser entre la Chine et l’Iran.
Par contre, Jared DIAMOND prétend que l’axe Nord-Sud du continent américain était plus accidenté au niveau de l’Amérique centrale outre, les ’immenses forêts, de sorte que la diffusion des innovations entre le Nord et le Sud était fortement ralentie, la voie marine étant impossible à utiliser à cause de la présence d’un désert au Texas. C’est ici aussi oublier que les îles Caraïbes ont été colonisées par les Indiens du même nom. Il est d’ailleurs curieux que Jared DIAMOND n’indique pas sur la carte géographique qu'il produit les mouvements d’émigration des populations des peuples Caraïbes vers les îles Caraïbes, alors que sur la même carte il indique en détail les mouvements migratoires vers les îles polynésiennes. Pourquoi cette pudeur pour les Îles caraïbes. Est-ce pour ne pas gêner sa théorie ?
L’exemple le plus important de cette curieuse méthodologie est celui du passage des hommes préhistoriques de la Sibérie en Amérique du Nord. Les préhistoriens situent cet événement en –20.000 avant J.C., en raison de la possibilité de passage à pied sec. Jared DIAMOND le situe beaucoup plus tard vers –13.000 avant J.C., tout simplement parce qu’aucune découverte archéologique n’a été faite datant de –20.000 à –13.000 sur ce passage. Il faut dire que cela arrange sa théorie, à savoir que les Indiens n’ont pas bénéficié du temps nécessaire pour se développer autant qu’ils l’auraient pu si leurs ancêtres avaient traversé le détroit de Behring en -20.000 avant notre ère.
Au regard du simpliste et grossier matérialisme, sur lequel Jared DIAMOND base sa thèse, Karl MARX, avec son matérialisme historique, fondé sur les contradictions naissant des rapports sociaux de production (la matière, l’infrastructure), mais qui tient compte de l’influence majeure des superstructures (l’idéologie, le psychisme) dans le cours de l’histoire, pourrait passer pour un adepte de la métaphysique platonicienne, rêvant du monde des Idées.
Il est vrai qu’il s’agit d’un ouvrage de de compilation et de vulgarisation qui ne nécessite aucune connaissance précise en histoire, en philosophie, en sciences écrit en langage simple et même familier. Il comporte 694 pages présentant en détail les migrations préhistoriques, la domestication des légumes, des céréales et de certains animaux sauvages. Il ne nécessite un effort de réflexion de la part du lecteur moyen. En effet, les notions de société, d’histoire, de culture, de civilisation, d'Etat, employés indifféremment pour toutes les époques préhistoriques et historique, ne sont jamais définis, car toujours règne l’évidence. C’est donc un ouvrage qui fait appel au « bon sens populaire ».
Je ne veux pas dire qu’il faille écarter d’un revers de main les données brutes relatives au climat, à la végétation, aux cultures de céréales, aux légumes cultivés et à l’élevage du bétail selon les régions géographiques que Jared DIAMOND expose dans son ouvrage.
En effet, dès 1920, Oswald SPENGLER considérait que, pour comprendre l’histoire des cultures, il était nécessaire de prendre en compte l’histoire de l’économie, du droit, mais aussi l’histoire du paysage. Or, à propos du paysage, voici ce qu’il écrivait :
« Il nous manque également une histoire du paysage (donc du sol, donc de la végétation et du climat) sur lequel s’est déroulé l’histoire humaine depuis 5.000 ans. Or, l’histoire humaine est si difficile à séparer de l’histoire du paysage, elle reste si profondément liée à elle par des milliers de racines, qu’il est tout à fait impossible, sans elle de comprendre la vie, l’âme et la pensée.
En ce qui concerne le paysage sud-européen, depuis la fin de l’ère glaciaire une invincible surabondance de végétation cède peu à peu sa place à l’indigence du sol.
À la suite des cultures égyptienne, antique, arabe, occidentale, s’est accomplie autour de la Méditerranée une transformation du climat selon laquelle le paysan devait abandonner la lutte contre le monde végétal et l’entreprendre pour ce même monde, s’imposant ainsi d’abord contre la forêt vierge, puis contre le désert.
Au temps d’Hannibal, le Sahara était loin au sud de Carthage, aujourd’hui, il menace déjà l’Espagne du Nord et l’Italie ; où était-il au temps des constructeurs de pyramides portant en relief des tableaux de forêts et de chasse ?
Après que les Espagnols eurent chassés les maures, le caractère sylvestre et agricoles du pays qui ne pouvait être maintenu qu’artificiellement, s’effaça. Les villes devinrent des oasis dans le désert. Au temps des Romains, cette conséquence ne se serait pas produite. » (3)
Oswald SPENGLER est bien conscient que sa vision de l’histoire ne peut pas prendre en compte l’histoire du paysage (sol, végétation, climat), en raison de l’inexistence à son époque de telles études. Cependant, malgré le manque de données à sa disposition, Oswald SPENGLER entreprend, en une dizaine de lignes, une analyse synthétique sur un problème bien connu depuis longtemps : l’avancée du désert autour de la Méditerranée. Cependant, tout en constatant la grande importance de cet aspect physique dans l’évolution des civilisations méditerranéennes, Oswald SPENGLER introduit en même temps le facteur culturel : « Les villes devinrent des oasis dans le désert. Au temps des Romains, cette conséquence ne se serait pas produite. »
Tout laisse penser qu’après l’expulsion sur les Maures, les Espagnols de cette époque, les dizaines de milliers d’Espagnols venus du Nord qui s’étaient installés dans le Sud après la Reconquête, n’étaient pas du tout intéressés à continuer l’œuvre routinière du système d’irrigation laissé par les Arabes, en raison de son caractère administratif, collectiviste et coercitif poussé à l’extrême. C’était l’époque des chevaliers errants, de l’aventure. Les Espagnols de l’époque, en Occidentaux qu’ils étaient, tournés vers le lointain, individualistes forcenés, préférèrent partir à l’aventure au pays de l’Eldorado, en Amérique du Sud, pour y gagner richesses et liberté. Dans le sud de l’Espagne, les villes devinrent donc des oasis au milieu du désert.
Oswald SPENGLER ajoute qu’avec les Romains, une telle désertification ne se serait pas produite. En effet, quand ils conquéraient un pays, leur culture étant tournée vers l’aspect administratif et juridique des choses, les Romains construisaient des aqueducs, des routes, etc. pour contrôler le pays et ses populations avec leurs armées, de sorte que ces ouvrages d’art auraient permis d’arrêter l’avancée du désert, si, par hypothèse virtuelle, ils avaient hérité du système d’irrigation construit par les Arabes en Espagne.
La méthode historique selon Oswald SPENGLER, allie donc les facteurs géographiques aux facteurs culturels, exerçant selon lui un rôle prédominant. L’histoire devient, dès lors, plus compréhensible.
Jared DIAMOND, quant à lui, pour « expliquer » l’histoire humaine, ignore totalement le facteur culturel, c’est à dire la vision du monde, l’interprétation que les hommes se font de la vie : leurs mythes, leurs croyances, leurs conceptions artistiques et « scientifiques », la spécificité de leur organisation politique.
C’est ainsi que Jared DIAMOND nous parle souvent de « ses amis » Papous (ou Néo-Guinéens), mais jamais il ne nous expose ni leur culture, ni leur leur vision du monde, etc. Il affirme que lui et ses amis néo-Guinéens se posent mutuellement « mille questions », mais nous ne saurons jamais le contenu de ces questions.
L’ouvrage « AU-DELÀ DE DARWIN - Pour une autre vision de la vie » (1) de Jean STAUNE se fixe pour objectif de démontrer que la théorie de Charles DARWIN ne peut pas à elle seule expliquer toute l’évolution des organismes vivants (de la bactérie à l’être humain) sur notre planète.
C’est pourquoi, l’ouvrage de Jean STAUNE commence, dans le premier chapitre, par l’exposition des éléments fondamentaux du darwinisme :
- les éleveurs d’animaux sélectionnent les animaux, donc la nature doit faire de même ;
- il naît plus d’individus qu’il n’en peut survivre (thèse malthusienne) ;
- il en découle, dans chaque espèce, une lutte entre les individu pour l’existence d’une intensité maximale ;
- l’égalité n’est pas dans la nature et la balance penche pour les plus forts ;
- dans le passé, il y a de grands changements géologiques, donc des changements ont eu lieu aussi pour les êtres vivants ;
- les variations se sont réalisées graduellement, très lentement.
Dans la vision de la vie qui était celle de Darwin, nous dit Jean STAUNE, une longue suite de petits changements se déroulant au hasard pouvait, grâce au triage effectué par la sélection naturelle qui, à chaque génération, ne retient que les meilleurs, permettre le développement de toute la diversité des formes vivantes.
Il convient de noter que l’auteur entend réaliser la critique du darwinisme à partir des faits uniquement, en se « tenant au maximum à l’écart de l’idéologie et des questions philosophiques » (2)
En effet, Jean STAUNE tient surtout à se démarquer du créationnisme, doctrine attribuant à une puissance extérieure, métaphysique (DIEU), la création de l’univers et donc de la Terre et des êtres vivants, même si cette doctrine admet l’évolution à partir de l’étincelle de vie créée à l’origine par la puissance divine.
On peut d’ailleurs, à mon avis, être tout à la fois créationniste et parfaitement darwinien pour ce qui concerne l‘évolution postérieure à la création de l’étincelle première à l’origine de la matière puis de la vie. C’est le cas de l’Église catholique.
Mais, se situant à un autre niveau, Jean STAUNE se donne pour objectif de démontrer, par les faits, que le darwinisme ne peut pas être considéré comme « la » théorie de l’évolution.
Le darwinisme affirme que l’évolution s’est faite au hasard, par tâtonnement et graduellement, en vue de permettre aux êtres vivants (bactéries, insectes, animaux, êtres humains) de s’adapter pour survivre.
Les mieux adaptés étant les plus forts et les plus aptes à se reproduire, ce sont leurs mutations qui se sont imposées à l’ensemble de l’espèce concernée par l’effet de la reproduction.
Jean STAUNE nous dit que Charles DARWIN n’a pas tort, mais que sa théorie ne s’applique qu’à la marge et ne concerne pas l’évolution globale du monde vivant.
Par exemple, Charles DARWIN a raison quand il considère que les taupes ont perdu leurs yeux parce qu’elles n’en avaient pas besoin dans leurs trous souterrains, ou que l’allongement du cou de la girafe a permis à celle-ci de saisir les meilleures feuilles en haut des arbres de sorte que cette mutation s’est imposée à l’ensemble de l’espèce, car cet allongement a instauré une meilleure adaptation de ses conditions de vie.
Selon Charles DARWIN, une mutation se produit tout-à-fait par hasard, sans raison, et si elle permet à l’espèce (ou à la variété) une meilleure adaptation, elle s’étend peu à peu à l’ensemble de l’espèce, car ceux qui en hériteraient seront les plus forts et les plus aptes à se reproduire.
Le même mécanisme de mutation-adaptation est appliqué à l’homme, de sorte que les darwinistes considèrent que l’homo sapiens sapiens (c’est à dire nous-mêmes) est le résultat de hasards véritablement incroyables !
Cependant, observe Jean STAUNE, la théorie de Charles DARWIN et des darwinistes actuels contient un certain nombre de faiblesses liées à la simple constatation des faits.
En effet, de telles mutations dues au hasard impliquent, comme l’admettait déjà Charles DARWIN, que l’évolution se soit faite graduellement, petit à petit. Or, on n’a jamais retrouvé les individus disposant de mutations intermédiaires. En outre, et surtout, une évolution graduelle impliquerait une naissance de la vie sur la Terre beaucoup plus ancienne qu’elle ne l’est en réalité.
En effet, la vie est apparue sur la Terre depuis 600 millions. Il est généralement admis, par les darwinistes également, que la totalité des changements doit se produire pendant 1 % à 5 % du temps de vie des espèces, puisque le reste du temps elles doivent être stables pour vivre, se reproduire, etc..
Et Jean STAUNE de conclure : « Les grands changements survenus depuis 600 millions n’ont disposé en fait que de 6 à 30 millions d’années pour se produire. Cela représente un temps bien trop limité pour une évolution due aux mécanismes darwinien. » (3)
Tout ceci démontre, nous dit Jean STAUNE, que la théorie de Charles DARWIN ne peut pas expliquer l’ensemble de l’évolution, mais seulement un aspect de l’évolution, à savoir celle de l’évolution due au hasard, sans qu’il y ait apparition d’une nouvelle espèce du fait de la mutation : du type primate (« proconsul » ?) à hominidé (australopithèque); par exemple.
C’est pourquoi, certains néo-darwiniens l’admettent en tentant d’adapter le darwinisme, car la structure des fossiles déjà trouvés s’oppose à la théorie darwinienne du gradualisme.
En fait, on constate, nous dit Jean STAUNE, citant le professeur généticien de l’Université de Berkeley, Richard Goldschmidt, des apparitions « soudaines » d’espèces nouvelles à partir d’anciennes (l’apparition s’effectue sur plusieurs centaines, voire quelques milliers d’années). Les vrais changements dans la nature s’effectue grâce des « sauts », par lequel la nature crée des « monstres prometteurs » qui connaissent le succès et se développent. Le premier hominidé fut peut-être un « monstre prometteur » (hopefull monster).
À cela s’ajoute le fait que les mutations dues au hasard sont souvent handicapantes et même mortelles. Jean STAUNE en donne de nombreux exemples.
À la lecture de l’ouvrage de Jean STAUNE, je dirais, quant à moi, que la théorie darwiniste est à la théorie de l’évolution ce que la gestion micro-économique est à la théorie macro-économique : ce n’est pas parce que l’épicier du quartier repeint sa devanture pour s’adapter à la demande et survivre que l’on peut se passer de rechercher la logique organique de l’ensemble de l’économie.
C’est pourtant ce que refuse de faire les darwinistes aujourd’hui, quitter « le point de vue de la grenouille pour la perspective de l’aigle » (comme dirait Oswald SPENGLER).
La raison de cette obstination des darwinistes d’aujourd’hui se trouve, nous dit Jean STAUNE, que la théorie s’est imposée contre les thèses créationnistes qui, au XIXème siècle, continuaient de régner sur les esprits. De cette lutte originelle contre la darwinisme, les darwiniens en sont restés marqués.
C’est ainsi que, lorsque que des biologistes proposent des thèses où il apparaît que l’évolution serait globalement régie par des lois, qui constitueraient une structure, et que la logique organique serait de conduire vers la complexité (vers l’homme), les autorités darwinistes condamnent ces thèses comme étant en réalité des thèses créationnistes.
Comme les darwinistes disposent de positions fortes dans la société (establishment scientifiques, médias, revues scientifiques spécialisées, subventions, etc.), ils font en sorte que les thèses qui mettent en cause la domination absolue de la doctrine darwinienne ne doivent pas être connues du grand public.
C’est donc pour combattre le fondamentalisme néo-darwinien que Jean STAUNE a écrit cet ouvrage.
Mais Jean STAUNE ne fait pas que critiquer la théorie darwinienne.
Son but est aussi de démontrer qu’une autre vision de l’évolution de la vie peut être bâtie sur des bases rigoureusement scientifiques.
Le but de cet ouvrage est de briser ce « mur de silence » en mettant à la portée du grand public les découvertes et les théories susceptibles de lui donner une nouvelle vision de la vie.
Pour ce faire, Jean STAUNE entreprend de synthétiser des idées de paléontologistes, bio-chimistes, généticiens et biophysiciens afin de les mettre à la portée du grand public.
Il convient de remarquer, nous dit Jean STAUNE, que les darwinistes vont même jusqu’à censurer Charles DARWIN. Ainsi dans la traduction française de 1896 de « L’ORIGINE DES ESPÈCES », après s’être posé la question de savoir qui a insufflé la vie dans la forme primitive, Charles DARWIN dit dans l’avant-dernière phrase de son ouvrage :
« N’y-a-t-il pas une véritable grandeur dans cette manière d’envisager la vie, avec ses puissances diverses attribuées primitivement par le Créateur à un petit nombre de formes, ou même à une seule ? » (4)
Il n’est pas douteux que Charles DARWIN a rajouté le mot « Créateur » à l’édition définitive pour s’attirer les bonnes grâces de l’establishment créationniste de son époque.
Mais l’édition d’aujourd’hui (Flammarion) reprend la traduction définitive de 1896 et, l’intitulant « révisée », fait subrepticement disparaître le mot « Créateur » !
Et Jean STAUNE de s’interroger :
« Outre l’inexistence en langue française d’une véritable édition critique de « l’Origine des espèces », n’est-il pas significatif que certains darwiniens se mettent à censurer Darwin ? » (5)
Le Chapitre 2 de l’ouvrage rapporte les batailles « meurtrières » que se livrent entre eux les principales écoles darwiniennes.
Le chapitre 3 tend à démontrer que d’autres forces que celles incluses dans le mécanisme darwinien s’exercent dans la nature et font évoluer les êtres vivants. C’est la logique organique de l’évolution dont Jean STAUNE nous présente avec clarté les différentes thèses, exemples et graphiques à l’appui.
Il cite le cas notamment du processus biologique qui a permis le passage du reptile primitif au mammifère à partir de l’étude de l’embryon du mammifère. On constate une « poussée globale » des reptiles primitifs vers les mammifères (donc vers plus de complexité).
La conclusions en est que l’évolution n’est ni aléatoire, ni graduelle, ni liée à une nécessité immédiate, et n’est pas le produit de la sélection naturelle.
En outre, Jean STAUNE nous expose également que l’évolution et la sélection sont deux phénomènes séparés. En effet, une espèce peut muter énormément sans évoluer, c’est à dire sans qu’il y ait création d’une nouvelle espèce.
Dans le chapitre 4, Jean STAUNE nous montre que nous avons de fortes indications que l’évolution est un phénomène en partie prédictible.
Dans les chapitres suivants, Jean STAUNE nous expose que tout en se fondant sur des analyses scientifiques, la nouvelle vision de l’évolution remet également à l’honneur les intuitions de grands biologistes ou paléontologistes, et en particulier :
- Johann Wolfgang von GOETHE et sa structure de la feuille q’on retrouve dans tous les végétaux,
- ainsi que Richard OWEN, et son concept d’homologie.
Il convient de noter qu’Oswald SPENGLER s’est inspiré de ces deux concepts pour analyser la structure des cultures.
Jean STAUNE nous expose également qu’en étudiant la structure des crânes, tels qu’ils ont évolué du lémurien à l’homme en passant par le grand singe, des biologistes ont constaté une poussée de la contraction crânio-faciale (disparition du « museau »). Il y a un processus d’homonisation depuis 45 millions d’années, que le hasard et la sélection pour s’adapter ne suffisent pas à expliquer.
Une autre étude (hortopédie dento-faciale) effectuée sur les enfants par une biologiste, Anne Dambricour,t montre un nombre croissant d’enfants présentant des déséquilibres dans le développement du visage (au niveau crânio-facial).
Et Jean STAUNE d’observer :
« La multiplication de ces déséquilibres n’est-elle pas un signe que le plan d’organisation de l’Homo sapiens commence à bouger ? N’est pas comme cela que ce sont produites les macro-évolutions précédentes ? si nous avions été présents avant l’apparition des premiers Homo habilis, n’aurions-nous pas vu naître de nombreux australopithèques avec des déséquilibres croissants de la face ? » (6)
Mais Jean STAUNE tempère cette extrapolation, car « nous avons constaté que les innovations étaient de plus en plus rares dans le domaine de l’évolution » et qu’il convient d’admettre « que nous soyons le résultat du dernier événement de cette nature ». (7)
Pierre Marcowich
(1) Jean STAUNE, AU-DELÀ DE DARWIN - Pour une autre vision de la vie - Éditions Jacqueline Chambon/Actes Sud, 2009 - 314 pages ;
(2) Ibidem, page 15 ;
(3) Ibidem, page 192 ;
(4) Ibidem, page 27 ;
(5) Ibidem, page 28 ;
(6) Ibidem, page 213 ;
(7) Ibidem, page 261 ;