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  • « LE HÉROS », de Baltasar GRACIÁN

    Le 04/12/2009 à 22:30Commentaires (3)Ajouter un commentaire

    Traduit de l’espagnol, préfacé et annoté par Catherine VASSEUR

    Écrit vers 1636 par un jésuite espagnol, Baltasar GRACIÁN, l’ouvrage « LE HÉROS » (1), petit opuscule de 104 pages, nous enseigne comment devenir un personnage hors du commun, non pas en trompant son entourage, contrairement à l’enseignement de MACHIAVEL, mais en combattant ses penchants. 

    C’est en acquérant le sens de l’honneur qu l’on parvient à réussir. Telle est la thèse de l’auteur. L’honneur ! C’est donc bien un Espagnol qui a écrit ce livre.  

    On peut comprendre son entreprise, si l’on sait que Baltasar GRACIÁN fut, en 1644, l’aumônier militaire des troupes espagnoles qui battirent près de la ville de LÉRIDA les troupes françaises qui tentaient de s’emparer de la CATALOGNE pour le compte du Roi de France, LOUIS XIV, âgé de 6 ans, le Cardinal MAZARIN exerçant la réalité pouvoir. On dit qu’il y fit preuve d’une grande bravoure. 

    L’auteur nous propose de pratiquer toutes les vertus de l’honneur dans la vie mondaine pour parvenir au succès. Cependant, Baltasar GRACIÁN ne semble pas trop croire à l’efficacité absolue de sa recette, puisqu’à la fin du livre, le lecteur apprend que le « héros » est finalement banni, ostracisé par la société, parce que, peut-être, les hommes du commun ne peuvent pas le comprendre. 

    Mais le bannissement inéluctable du « héros » de Baltasar GRACIÁN, qui, plus tard, va récidiver avec un autre ouvrage (EL CRITICON en 1651), est peut-être aussi le pressentiment de l’incompréhension sévère qu’il allait rencontrer, de la part de ses supérieurs de l’Ordre des Jésuites, soucieux de ne pas donner prise aux critiques des jansénistes qui tenaient alors le haut du pavé « médiatique ». 

    Pour exposer les qualités de son Héros, tel qu’il l’envisage, Baltasar GRACIÁN prend pour exemples des héros incontestables que l’Histoire a reconnus et dont il fait ressortir les qualités de chacun que le héros doit adopter. Tout au long de l’ouvrage, Baltasar GRACIÁN fait défiler tout de son ouvrages des héros, tels que  TIBÈRE, LOUIS XI, ISABELLE LA CATHOLIQUE, le Roi SALOMON, ALEXANDRE, CÉSAR, CHARLES VII (« le roi de Bourges »), le GRAND TURC, PHILIPPE II (d’Espagne), et bien d’autres encore. 

    Voici, succinctement exposées, les principales règles qu’il nous propose : 

    1) ne jamais dévoiler toutes les ressources dont on dispose ;

    2) dissimuler sa sensibilité ;

    3) faire preuve d’intelligence ;

    4) montrer de la grandeur dans ses actes ;

    5) disposer d’un goût en conformité avec son rang ;

    6) ne jamais se trouver le second dans son art ;

    7) être le meilleur avec excellence ;

    8) être réaliste dans ses engagements ;

    9) rechercher l’emploi où l’on se trouvera le meilleur ;

    10) évaluer sa chance (fortune) et celle de ses adversaires ;

    et ainsi de suite. Les qualités sont présentées en gradation, chacune par rapport à la précédente, jusqu’à la 17ème qualité, le « bouquet final », par laquelle il est exigé que le héros doit pratiquer une sorte d’émulation avec les héros du passé. 

    Ce sont donc 17 qualités que le héros doit cumulativement posséder.  

    On est droit de se demander pourquoi de si grands efforts, quasi surhumains, alors que le héros va finir banni, ostracisé par son entourage, tel un moderne ALCIBIADE, dont Baltasar GRACIÁN évoque formellement la figure. (2) 

    Dans sa préface, Catherine VASSEUR nous donne une clef pour comprendre la problématique de Baltasar GRACIÁN : 

    « Car la sagesse, la puissance, le courage, la sainteté, les terres inconnues ont déjà été conquis par ceux qu’il cite en exemple. Le héros de Baltasar GRACIÁN est l’héritier d’un monde qui n’est plus à conquérir. Aussi lui reste-t-il à se conquérir soi-même» (3) (souligné par P.M.) 

    Il reste à ajouter que le héros de Baltasar GRACIÁN, parce qu’il fixe comme règle de vie de « se surmonter soi-même », me semble annoncer le surhumain de Friedrich NIETZSCHE. Il paraît certain que, disciple résolu d’Arthur SCHOPENHAUER dans sa jeunesse (comme il l’a souvent affirmé), Friedrich NIETZSCHE connaissait bien l’œuvre de Baltasar GRACIÁN. En effet, dans sa préface de la première édition (Francfort-sur-le Main, septembre 1840) de son ouvrage « LES DEUX PROBLÈMES FONDAMENTAUX DE L’ÉTHIQUE »(4), Arthur SCHOPENHAUER cite sur huit pages un passage de l’œuvre de Baltasar GRACIÁN (5). Il est donc quasi certain que le jeune Friedrich NIETZSCHE n’ignorait pas son œuvre.  

    Pierre Marcowich 

    (1) Baltasar GRACIÁN, « LE HÉROS », Éditions Gallimard, 2000, 104 pages ;

    (2) Ibidem, page 99 ; 

    (3) Ibidem, page 18 ; 

    (4) Arthur SCHOPENHAUER, « LES DEUX PROBLÈMES FONDAMENTAUX DE L’ÉTHIQUE », Éditions Gallimard, 2009, 467 pages ; 

    (5) Arthur SCHOPENHAUER, opus cité, pages 44 à 51 ;

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