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  • IDÉOLOGUES DES BAS-FONDS

    Le 25/07/2009 à 20:24POLITIQUECommentaires (0)Ajouter un commentaire

    Idéologue(s) des bas-fonds, tel est le qualificatif que paraissent mériter le(s) auteur(s) anonyme(s) de ce petit opuscule paru sous le titre vaniteux de « L’INSURRECTION QUI VIENT » et qui se présentent pompeusement sous le vocable de « Comité invisible ». 

    Les auteurs ont divisé leur ouvrage en sept "cercles" qui sonnent comme « thèses », certainement par référence aux « Thèses sur Feuerbach » de Karl MARX, petit opuscule dans lequel Marx énonce notamment : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe, c'est de le transformer ». (1) 

    Naturellement, le « Comité invisible » n’atteint pas la stature intellectuelle d’un Karl MARX. En guise d’interprétation du monde, les auteurs nous servent une simple description de la civilisation occidentale, telle qu’on peut la lire dans n’importe quel ouvrage de sociologues à la mode (2) 

    Les sept thèses concernent successivement : 1) Le Moi (comment le préserver) ; 2) la destruction comme divertissement ; 3) contre le travail ; 4) la mobilité comme moyen de destruction ; 5) Le capitalisme a détruit les liens sociaux ; 6) contre l’idéologie de l’environnement ; 7) la mort de la civilisation. 

    Naturellement, les auteurs oublient purement et simplement l’Histoire et n’envisagent même pas de rechercher pourquoi la civilisation occidentale en est arrivée à ce stade de déclin. Ils se bornent à vitupérer le capitalisme, le gouvernement et la police. L’ouvrage fait comme si l’Occident était la seule civilisation au monde. L'auteur ou les auteurs  sont donc bien des Occidentaux, avec leur "arrogant" universalisme. 

    Dès le départ, le « comité invisible » nous fait part de ses fantasmes : le capitalisme hyper-puissant, bien sûr, la police qui serait partout, l’affaire des lycéens contre le C.P.E. en 2006, les émeutes de novembre 2005 dans les banlieues. 

    À ce propos, il est intéressant de noter que, pourtant pas encore au Pouvoir, le Comité invisible a déjà ses pudeurs, sinon ses hypocrisies. Ainsi, il dissimule soigneusement que les émeutiers de novembre 2005 sont descendus à 300 à Paris ficher une raclée aux 5.000 gentils lycéens anti-C.P.E., leur voler leurs montres, leurs portables, etc. Les glorieux anonymes du comité invisible ne cherchent pas à nous expliquer ce manque de solidarités entre victimes de la civilisation occidentale. Ah ! les faits sont têtus ! Pourtant, sur la 4ème page de couverture de l’opuscule, l’éditeur nous assure que le comité est « du côté de ceux qui prennent acte ». Acte de tous les faits ? 

    Pour le comité invisible, la civilisation occidentale est totalement morte, généralisant à outrance les premiers phénomènes de décadence qui déjà apparaissent : formation de communautés diverses, rupture du lien national et social, individus centrés sur le « moi », formant une masse sans racines, sans identité, seulement préoccupés de percevoir des revenus en évitant de travailler, entièrement axés sur le "panem et circences". Voilà ce qu’est la France pour eux. Ils s’en réjouissent et flattent bassement les instincts psychiques les plus bas : haine et rancœur. 

    Car l’autre grand oublié dans l’ouvrage, c’est le domaine psychique : croyances, mythes, morale, sentiments de l’honneur, etc.  

    L’ouvrage analyse la situation d’un simple point de vue zoologique. En ce sens, il procède de la même façon que les technocrates et les politiciens qui dirigent actuellement le pays.  

    Voilà le « bonheur » qu’il propose : « devenir autonome, cela pourrait vouloir dire, aussi bien : apprendre à se battre dans les rues, à s’accaparer des maisons vides, à ne pas travailler, à s’aimer follement et à voler dans les magasins » (3) 

    Le comité invisible est véritablement le produit d’une civilisation en déclin : Il est type même du « citadin tardif d’une civilisation grisonnante »  : « un nouveau nomade, un parasite habitant la grande ville, homme des réalités tout pur, sans tradition » ; adepte d’un « naturalisme d’un sens tout nouveau, qui prend sa source dans les instincts les plus vieux et les conditions primitives de l’homme (…) en ce qui concerne toutes les questions sexuelles et sociales. » (4)

    Au lieu d’un destin, le comité invisible assigne au peuple la recherche d'un « bonheur » typiquement animal. 

    Et, comme quelqu’un qui enfoncerait sous l’eau la tête de celui qui se noie en l’assurant que comme cela son problème sera réglé, les auteurs du comité invisible invitent à saboter les entreprises, à attaquer la police en organisant des guet-apens, à travailler le moins possible, pour faire tomber le capitalisme et faire échec à la police, et même à l’armée, n’hésitant pas à envisager la guerre civile. Dans cette perspective, le comité invisible préconise de s’organiser en communautés, sorte de « sociétés secrètes informelles », qu’il assimile à des « communes ». 

    Que le comité invisible ne le veuille pas importe peu, mais cette perspective de chaos qu’il prône ne peut réjouir que les individus peuplant les bas-fonds de toute société, présente ou passée, sorte de lumpenprolétariat, prêts à profiter de toute circonstance exceptionnelle pour s’accaparer des biens d’autrui. Karl MARX a déjà décrit, dans son style pamphlétaire inimitable, ce genre d’individus, les noms des "catégories socio-professionnelles" citées étant à peine à actualiser : 

    « (..) on avait organisé le lumpenprolétariat parisien en société secrète (…). À côté de roués ruinés aux moyens d'existence douteux et d'origine également douteuse, d'aventuriers et de déchets corrompus de la bourgeoisie, on y trouvait des vagabonds, des soldats licenciés, des forçats sortis du bagne, des galériens en rupture de ban, des filous, des charlatans, des lazzaroni, des pickpockets, des escamoteurs, des joueurs, des maquereaux, des tenanciers de bordels, des portefaix, des écrivassiers, des joueurs d'orgue de barbarie, des chiffonniers, des rémouleurs, des rétameurs, des mendiants, bref toute cette masse confuse décomposée, flottante que les Français appellent la bohème. » (5) 

    Au-delà des proclamations de bons sentiments, voilà en réalité donc la clientèle effectivement visée par le comité invisible, son "coeur de cible". On devine ce qui adviendrait s’ils parvenaient à leurs buts. 

    Les groupes de combat dont le comité invisible fait l’éloge (« l’incendie de novembre 2005 ») ne se battraient pas seulement contre la police ou l’armée, mais aussi entre eux. Il y aurait le groupe de combat du nord, celui du Sud, et celui de l’est, etc., avec des dénominations très précises, et vivant sur le dos des populations amollies, ayant perdu leurs racines, qui continueraient à travailler pour entretenir ces nouvelles "armées". Cette situation serait propice à l’instauration de pouvoirs dictatoriaux, comme aux temps des guerres civiles romaines (César, Marius, Pompée, Sylla, etc.) 

    Au surplus, les auteurs du « comité anonyme » ne s’oublient pas et offrent, d'ores et déjà, leurs services aux masses qu'ils espèrent diriger, en contrepartie de certains privilèges, comme les voyages par exemple. Lisez-les ci-dessous, leur sincérité est bien involontaire, à la page 99, ils n’ont pas pu s’empêcher de réclamer un statut à part :

    « Le privilège concédé à nombre d’entre nous de pouvoir « circuler librement » d’un bout à l’autre du continent et sans trop de problème dans le monde entier, est un atout non négligeable pour faire communiquer les foyers de conspiration. C’est l’une des grâces de la métropole que de permettre à des Américains, des Grecs, des Mexicains et des Allemands de se retrouver furtivement à Paris le temps d’une discussion stratégique. » (6)

    Voilà donc le fond de leur pensée. Ces messieurs sont des intellectuels, ils parlent anglais, grec, espagnol et allemand, car ils sont éduqués, eux. Ils savent se tenir dans les hôtels, et pendant que les « gens de banlieue » se battront contre la police, eux du « comité invisible » iront dans les hôtels discuter stratégie, domaine inaccessible bien sûr aux immigrés clandestins, aux lycéens anti-CPE, aux travailleurs en lutte pouur leur emploi, destinées à se battre contre la police. Ces derniers devront bien sûr payer à ces stratèges auto-proclamés leurs chambres d’hôtel, leurs repas et des costumes très "classe" pour leur permettre de passer inaperçus.

    En définitive, « L’INSURRECTION QUI VIENT » est un ouvrage décevant et particulièrement indigent sur le plan de la réflexion dans le domaine qu’il aborde. Paradoxalement, le ou les auteurs de cet opuscule constituent le parfait reflet de cette civilisation tendant au déclin qu’il dénonce en ce qu'ils se présentent comme étant sans racines et sans perspective métaphysique (religieuse ou morale), se limitant à l’aspect zoologique de la vie humaine, sans oublier en même temps de réclamer un statut privilégié pour eux-mêmes.  

    Pierre Marcowich  

    (1)     Karl MARX; Friedrich ENGELS, L’idéologie allemande précédée des thèses sur Feuerbach, Paris Éditions Sociales, 1974, Introduction de Jacques Milhau, page 54, Thèse XI.

    (2)     Michel MAFFESOLI, Le Réenchantement du monde - Une Éthique Pour Notre Temps, Éditions Perrin ; Cf. : Ma fiche de lecture du 1er semestre 2009. 

    (3)     Comité invisible, L’Insurrection qui vient, La fabrique éditions, 2007, page 26. 

    (4)     Oswald SPENGLER, Le déclin de l’Occident, Éditions Gallimard, 1948, renouvelé en 1976, Tome I, Introduction, pages 44 et 45 

    (5)     Karl MARX, Le dix-huit brumaire de Louis Bonaparte, Messidor/éditions sociales, Paris, 1984, Présentation et annotations de Raymond Huart, page 135.

    (6)     Comité invisible, L’Insurrection qui vient, La fabrique éditions, 2007, page 99.

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