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  • OSWALD SPENGLER ET « L'EXCEPTION FRANÇAISE »

    Le 15/06/2009 à 21:22POLITIQUECommentaires (1)Ajouter un commentaire

    Un ami visiteur du site me fait remarquer que, si  Oswald Spengler était connu, hors de son Allemagne, dès 1924 dans le monde entier (États-Unis, Espagne, Amérique du Sud, Canada), il ne l'était pas en France, où la première édition a eu lieu seulement en 1948, alors que Monsieur Mohand TAZEROUT (1), germaniste éminent, l'avait fort bien traduit, avec l'accord de Spengler, depuis 1931. 

    Bien sûr, il était connu en France, mais dans des cercles très restreints de philosophes de l'histoire, de germanistes ou de germanophiles. 

    Il y a, à mon avis, deux raisons à cette ignorance de la part des élites françaises. 

    I) A droite et à l'extrême droite, le magistère intellectuel était tenu, de 1910 à 1940, par le Parti de Charles Maurras, l'Action Française.

    Comme chacun sait, l'Action Française était royaliste, mais ce n'est pas cela le plus important.

    L'essentiel était que l'AF véhiculait une idéologie d'immobilisme et surtout de retour en arrière. Il lui fallait absolument stopper le courant de l'histoire : abolition de la République, retour aux corporations, autonomie des provinces, renaissance des langues provinciales (félibriges), comme cela existait sous l'Ancien Régime. Enfin et surtout, Maurras souffrait d'une méconnaissance totale de l'importance de l'aspect psychique de la politique. Pour lui seul comptait la politique de force, sans jamais prendre en compte le point de vue stratégique. D'où l'aveuglement pathétique de Maurras en 1940. Il a cru jusqu'à la fin que c'était la même guerre qu'en 1914-1918.

    Aujourd'hui, nous avons du mal à imaginer l'influence intellectuelle immense qu'a exercée l'Action française sur les esprit de droite, même après 1945 et la déchéance de Charles Maurras. Pourtant, récemment, la France a expérimenté deux hommes politiques de formation maurrassienne : 

    •  Charles de Gaulle: manque de vision stratégique dans la résolution de la Guerre d'Algérie, qu'il a gérée sans vision aucune de l'avenir. Seul comptait, pour le « vieux pays » fatigué des aventures coloniales, son idée que l'avenir de la défense militaire reposait essentiellement sur l'armement atomique, ce qui lui permettrait, pensait-il, de rivaliser avec les États-Unis en leur faisant la leçon et en courtisant les pays arabes ;
    •  Jean-Marie Le Pen: pour lui, comme pour De Gaulle, ce qui compte, c'est la France d'abord, telle qu'elle est et doit rester, sans Europe, sans l'alliance américaine. La France seule : digne héritier de Maurras, lui aussi. Un nationalisme de courte vue. 

    II) A gauche et à l'extrême gauche ,c'est encore plus évident. De 1920 et jusqu'en 1970, les élites de gauche étaient pris par le fanatisme de la nouvelle religion scientiste du Progrès, et surtout par son avatar, le marxisme.Alors, il n'était pas question pour elle d'admettre que la Civilisation européenne pourrait disparaître un jour, comme toutes les autres qui l'ont précédée.

    Les élites de gauche refusaient d'admettre que, comme Oswald Spengler le pense, l'histoire de l'Humanité n'a pas de but, que le Prolétariat (aujourd'hui, les "pauvres", "les exclus") ne sont pas une classe qui peut sauver l'humanité, qu'en fait les luttes pour les salaires relevent plutôt du "panem et circences" de la Rome décadente, et que l'expansion impérialiste est non pas la spécificité du seul capitalisme, mais celle de la culture occidentale tout entière (secteurs économique et intellectuel, morale, philosophie, idéologie politique (démocratie), vision artististique, vestimentaire et même alimentaire, etc.). Cela, la gauche ne pouvait pas l'accepter à l'époque et ne peut toujours pas l'accepter.

     J'ai d'ailleurs lu un livre relativement récent (1987) sur l'Allemagne(2) écrit par deux intellectuels communistes, qui plus est, germanistes et qui se bornent tout simplement à noter que Spengler est très "abstrus", c'est-à-dire difficile à comprendre, voire obscur ; ceci pour éviter d'en parler, tellement le rejet est fort pour préserver leurs propres préjugés sans avoir à les discuter.

    Voilà ce qui, à mon avis, explique la grande ignorance des oeuvres de Spengler en France, encore que ses idées commencent à se répandre, même chez d'anciens communistes.

    Par conséquent, on peut considérer que l'ignorance d'Oswald Spengler par les élites françaises par rapport aux autres grands pays occidentaux constitue une spécifité qu'on peut considérer comme faisant partie de ce qui est aujourd'hui appelé "l'exception française".

    Pierre Marcowich

    (1) Je me demande si Monsieur Mohand TAZEROUT ne serait pas d'origine kabyle. 

    (2) Histoire de l'Allemagne contemporaire, Gilbert BADIA, Messidor/Editions Sociales, Tome 1, République de Weimar - IIIème Reich, page 140 

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