Oswald SPENGLER distingue la culture primitive de l’ensemble des « hautes cultures ».
La culture primitive
L’ethnologie et l’anthropologie désignent la culture primitive comme la caractéristique de groupes humains organisés (clans, tribus) disposant d’un très faible niveau technologique, ne pratiquant pas la culture et l’élevage, vivant de chasse et de cueillette, et surtout ne possédant pas l’écriture.
Oswald SPENGLER constate tout d’abord que notre connaissance sur l’homme se répartit sur deux grandes époques successives : d’une part, le début de l’ère glaciaire, qui a pris fin il y a 10.000 ans, et, d’autre part, l’apparition plus tardive de ce qu’il appelle les « hautes cultures », sur les bords du Nil et l’Euphrate, qui ont modifié toute la conception du monde par l’être humain. (1)
Avec la naissances des premières hautes cultures, nous dit Oswald SPENGLER, apparaît le type d’homme définitivement formé, semblable à celui de l’époque moderne. Il connaît déjà la morale, le mythe, l’art, l’ornement et la technique, avec une constitution physiologique similaire.
Avant l’apparition des hautes cultures, régnait la culture primitive. Cependant, même après la création des hautes cultures, la culture primitive a perduré dans certaines régions, plus ou moins « contaminée » par le voisinage des hautes cultures.
On retrouve la culture primitive, encore vivante et assez pure, au début du 20ème siècle, en Afrique du Nord-Ouest, où la culture primitive a continué d’exister dans toute sa pureté, selon le célèbre ethnologue et philosophe allemand, Leo FROBENIUS (1873-1938), nous rapporte Oswald SPENGLER.
Influencé par les découvertes de Leo FROBENIUS qui avait constaté une unité de culture originelle entre l’Afrique, l’Égypte pré-islamique, la Mésopotamie et l’Océanie, Oswald SPENGLER considère que, avant qu’elle ne fut imprégnée par les hautes cultures, la culture primitive formait un tout et une force.
Pour Oswald SPENGLER, il n’y a donc pas plusieurs cultures primitives. En réalité, nous expose-t-il, les peuples primitifs formaient, avant l’impression des hautes cultures, un monde entier de vie primitive, extrêmement vivant et actif.
La culture primitive ne se distingue des hautes cultures que par les virtualités psychiques possédées par les hommes des hautes cultures. Cependant, observe Oswald SPENGLER, l’imprégnation actuelle des peuplades primitives par les hautes cultures nous empêche de tirer des conclusions définitives sur la culture primitive.
Il constate tout de même que le langage est né à l’époque de la culture primitive, élaborée lors des rapports avec les membres des groupes, mais aussi comme moyen de communication entre les membres de clans différents qui se rencontraient durant leurs parcours de chasse à la recherche de grands troupeaux. C’est à cette époque que s’est formée le langage articulée, qui sera à la base de la pensée abstraite.
Il n’y a d’organisme animé dans la culture primitive que la famille et le clan. Ce qui la caractérise, selon Oswald SPENGLER, c’est son manque d’unité intérieure :
« Il n’ y a aucun rapport nécessaire entre l’ornement et l’organisation des clans suivant l’âge, ou entre le culte d’une divinité et l’espèce d’agriculture. » (2)
Cette absence de rapport entre divers aspects et traits particuliers constitue, selon Oswald SPENGLER, le caractère chaotique de la culture primitive. Pour Oswald SPENGLER, « la culture primitive n’est ni un organisme ni une somme d’organismes ».
Du fait que la culture primitive ne possède aucune unité organique, il s’en suit, nous dit Oswald SPENGLER, que l’être primitif n’obéit qu’à la seule impulsion du moment, que ce soit dans ses mythes, dans sa morale, dans sa technique, son ornement (langue et religion).
L’apparition des hautes cultures
C’est de la culture primitive, fondée sur des rapports raciaux (le clan, la tribu) que, nous dit Oswald SPENGLER, vers l’an 3000, sont nées les cultures égyptiennes et babylonienne.
Il en découle, me semble-t-il, certains traits communs entre des aspects de la culture primitive et ceux des premières phases des cultures (précultures) d’Égypte et de Mésopotamie, traits communs relevés par ethnologue allemand Leo FROBENIUS, cité plus haut, en particulier le caractère massif et sévère des totems africains, caractère qu’on retrouve dans les pyramides égyptiennes.
Ce qui distingue de la culture primitive les hautes cultures (« hautes » parce que se développe par gradation), ce sont :
- l’unité intérieure (rapport étroit entre elles) des toutes les formes d’expression : religion, morale, arts, techniques, sciences, etc. ;
- la direction de la vie entière (le destin).
Chaque culture peut recevoir des influences extérieures, mais ces influences ne peuvent pas modifier la nature intime de chaque culture, nous dit Oswald SPENGLER.
Il a été exposé plus haut qu’au sein de la culture primitive, il n’ ya pas d’organisme animé (hormis la famille et le clan). Tout est basé sur la race et le sang.
Par contre, la culture constitue un organisme global animé qui peut modifier les arts, les mœurs, le mythe, la technique, les races et les classes.
Si le langage à a été créé par la culture primitive, l’écriture appartient à l’histoire de chaque culture particulière, avec pourtant des exception pour les huit cultures recensées par Oswald SPENGLER, certaines cultures ayant repris leur écriture d’autres cultures voisines :
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CULTURE |
ÉCRITURES |
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BABYLONIENNE |
Création spécifique |
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ÉGYPTIENNE |
Création spécifique |
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CHINOISE |
Création spécifique |
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MEXICAINE |
Création spécifique |
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INDOUE |
Écriture reprise de vieilles civilisations voisines |
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ANTIQUITÉ |
Écriture reprise de vieilles civilisations voisines |
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OCCIDENT |
Écriture reprise de celle de l’Antiquité |
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ARABE |
A connu plusieurs religions et donc plusieurs écritures |
L’existence de deux époques (culture primitive et hautes cultures) est « un fait d’expérience historique » nous dit Oswald SPENGLER.
Cependant, la naissance des hautes cultures est le fait du hasard. Oswald SPENGLER observe que le sens de ces créations est impossible à vérifier. En toute hypothèse, la naissance d’une nouvelle culture est impossible à prévoir.
Mais que doit-on penser alors de l’expansion actuelle de l’Occident sur l’ensemble du globe terrestre ? Est-ce le premier stade de création d’une nouvelle « culture métissée » (une 3ème époque après la culture primitive et les hautes cultures), que certains Occidentaux appellent de vœux ou bien tout simplement un processus d’occidentalisation mondiale ?
Oswald SPENGLER répond dans un premier temps :
« Cette expérience (le processus de développement des cultures) nous apprend, en outre, que la civilisation qui s’est emparée aujourd’hui de toute la surface du globe, n’est pas une troisième époque, mais un stade nécessaire à la culture occidentale exclusivement, différent, par sa seule puissance extensive, du stade correspondant des autres cultures. » (3)
Constatons tout d'abord que, pour Oswald SPENGLER, toutes les autres cultures sont mortes, comme il le constate dès les premières pages de l’Introduction de son ouvrage :
« Il s’agit de poursuivre le destin d’une culture, de la seule culture qui soit en train de s’accomplir de nos jours sur cette planète, la culture occidentale européo-américaine, dans ses phases non encore écoulées. » (4)
Et, plus loin, il constate l’occidentalisation du Japon :
1. « Le Japonais appartenait autrefois à la civilisation chinoise et il ne cesse pas, aujourd’hui non plus, d’appartenir à la civilisation occidentale ; il n’existe pas de culture japonaise au sens propre du mot. Il faut donc juger différemment l’américanisme japonais » (5)
Il est donc possible, selon Oswald SPENGLER, qu’un vieille culture pétrifiées depuis des millénaires puisse s’occidentaliser, même si Oswald SPENGLER tente d’atténuer les conséquences théoriques de ses propres constatations concernant le Japon, en alléguant que le phénomène est dû au fait que le Japon n’a pas de culture propre, issu de lui-même.
Depuis l’ouvrage d’Oswald SPENGLER (1920), nous savons qu’un certain nombre de pays, appartenant à d’anciennes cultures devenues pétrifiées, se sont placés sur la voie de l’occidentalisation, plus ou moins forcée (Russie, Chine), et ailleurs les catéchumènes sont nombreux (Corée du Sud, Thaïlande, Inde,..).
La question qu’évite de poser Oswald SPENGLER, peut-être en raison de sa méfiance envers les peuples asiatiques, est celle-ci :
Est-ce le destin de l’Occident d’occidentaliser tous les peuples de la Terre ?
Pierre Marcowich
(1) Oswald SPENGLER, Le Déclin de l’Occident : Éditions Gallimard, 1948, renouvelé en 1976, Tome II, Chap. I, Origine et paysage, page 37, § 9, alinéa 1 ;
(2) Ibidem, Tome II, page 39, alinéa 1 ;
(3) Ibidem, Tome II, page 40, alinéa 2 ;
(4) Opus cité; Tome I, page 15 ;
(5) Ibidem, Tome II, page 52, Note de bas de page ;
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