Je préfère employer le mot culture plutôt que civilisation, comme le fait Oswald Spengler.
En effet, le mot civilisation vient du mot latin civitas qui signifie ville en latin.
Or, il peut exister des cultures où n'existent pas (encore) des villes, les gens vivant plutôt dans des villages. Si on emploie le mot civilisation (=ville), on considère plus ou moins consciemment que ces peulples n'ont pas accéder à la "civilisation" (et donc à une culture) et qu'ils sont donc encore des "barbares".
En réalité, comme nous le montre l'Histoire, la "civilisation" constitue le stade ultime des cultures, un stade où apparaissent les villes prenant le dessus sur la campagne, puis se développent les grandes villes (mégapoles) qui absorbe toute l'énergie créatrice que possède les petites villes de provinces, les laissant comme mortes.
Chaque culture a sa propre civilisation. La civilisation est le destin inévitable d'une culture.
En effet, on voit se développer ce phénomène de mégapoles dans toutes les cultures du passé parvenues à leur stade ultime de développement: culture maya, culture chinoise, culture indoue, culture égyptienne, culture antique (gréco-romaine), culture arabe, et bien sûr la culture occidentale : Paris, Berlin, Londres, et New-York (avec plus nuances pour les Etats-Unis), tout le reste des autres villes ne compte plus. Pour Berlin, la division de l'Allemagne en deux Etats pendant 50 ans a peut-être ralenti le mouvement au profit de certaines villes de l'ouest (Bonn, Francfort).
Donc, il me semble juste d'utiliser le terme de culture et de considérer la civilisation comme la phase finale de toute culture, sauf si celle-ci disparaît avant son ultime développement : exemple des cultures précolombiennes aztèque ou inca, fauchées en pleine jeunesse par le conquistador espagnol.
Il faut tout d'abord considérer que les cultures ne constitue pas une succession linéaire, une culture succédant à une autre.
Naissance d'une culture
Après qu'une culture soit morte, les peuples qui formaient cette culture deviennent une simple masse d'individus et tombent dans une sorte d'état psychique primaire : la langue se corrompt, les mœurs redeviennent grossières, le passé culturel est oublié, les formes mortes (religion, architectures, rites sociaux, etc.) de l'ancienne culture qui persistent sont utilisées sans que les gens ne comprennent leur sens . Les grandes ville sont abandonnées. On revient à la terre.
Dans ce chaos des générations de paysans qui se succèdent, tout à coup une "âme" se réveille et une nouvelle culture naît
Pour ce qui concerne la civilisation antique, ces phénomènes peuvent aisément constatés après le chute de l'empire romain (476). les villes ont été abandonnés, retour à la terre, la langue latine s'est corrompue, certaines coutumes étaient continuées mais sans savoir pourquoi. Il a fallu près de 5 siècles pour que le melting pot des barbares germains, des paysans gallo-romains et le christianisme catholique provoque la naissance d'une nouvelle culture, vers le Xème siècle. Les historiens le constatent dans d'autres civilisations.
À sa naissance, une culture croît sur le sol d'un paysage qui peut être exactement délimité.
Pour la culture occidentale, née avec le style roman au Xème siècle, entre l'Elbe (Allemagne) et le Tage (Moitié nord de l'Espagne).
La culture est la forme d'appréhension du monde par un groupe humain précis d'où il tire son mode vie et de pensée : religion, art, sciences, philosophie, formes politiques et sociale.
Pour définir une culture, il faut connaître :
Toutes ces formes sont des symboles qui doivent être interprétées.
Le développement d'une culture
Les Hautes Cultures sont des organismes « vivants ». Comme tout organisme vivant, chaque culture traverse les phases évolutives de l'homme en particulier. Chacune a son enfance, sa jeunesse, sa maturité et sa vieillesse (ou bien printemps, été, automne, hiver).
Oswald Spengler décrit ces différentes phases dans son ouvrage « Le déclin de l'Occident » :
« Une âme jeune, timide lourde de pressentiment, se révèle au premières lueurs de l'aube romano-gothique. Elle remplit le paysage faustien de la Provence , des troubadours à la cathédrale de Hildelsheim [A1] de l'évêque Bernard[A2] . Ici souffle le vent du printemps.
Voyez les ornements sur les portails des églises romano-gothiques de la Saxe et du Midi de la France. Maintenant, en pleine conscience de sa force créatrice mûre, révélée au début du Moyen-Empire, au temps des Pisistraces, de Justinien Ier, de la contre-réforme, chaque trait particulier de son expression apparaît choisi, précis, mesuré, d'une aisance et d'une évidence merveilleuses (été)
Plus tard encore, apparaissent, délicats et presque fragiles, mélancoliques comme les derniers jours d'octobre, l'aphrodite de Cnide, l'enceinte de l'Erechthéion, les arabesques des ogives sarrazines, le Zwinger de Dresde[A3] , Watteau et Mozart.(automne)
Enfin dans la vieillesse de la civilisation commençante, le feu de l'âme s'éteint. La force décroissante ose encore une fois avec un demi-succès - dans le classicisme , qui n'est étranger à aucune culture mourante - s'essayer à une grande œuvre ; l'âme se souvient encore une fois - dans le romantisme - avec mélancolie de son enfance.
Finalement fatiguée, contrariée, blasée, la culture perd la joie de son être et aspire - comme au temps des Romains - à sortir de sa lumière millénaires pour se réfugier dans l'ombre de la mystique des âmes primaires, dans le sein maternel, dans la tombe.
Tel est le charme de la « deuxième religiosité » qu'exerçaient alors sur l'homme antique tardif les cultes de Mithra, d'Isis, du Soleil - les mêmes qu'une âme qui venait de poindre à l'Orient remplie d'une substance intérieure toute nouvelle comme l'expression la plus ancienne, rêveuse et angoissée de son être unique. »
[A1] Basse-Saxe
[A2] Bienheureux BERNARD D'HILDELSHEIM (+ 1153)
Évêque d'Hildelsheim en Saxe, il gouverna son Église dans la paix pendant vingt-quatre ans, même lorsqu'il fut devenu aveugle.
[A3] Le Palais Zwinger dû à Permoser et Pöppelmann, délicat ensemble baroque comportant un merveilleux pavillon et un arc de triomphe unique au monde
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