C'EST QUOI LA CIVILISATION OCCIDENTALE ? (+ 4 commentaires)

Chaque culture se développe à partir d'une logique organique qui lui est spécifique, logique organique que Spengler dénomme destin.

Par exemple, pour ce concerne l'âme occidentale, elle est dès le Xème siècle vers la recherche de l'espace pur illimité, ce qui a donné

  • - les cathédrales gothiques, construites sur des plans gigantesques, véritables églises «sans toit» comme on a pu dire, surmontées de flèches s'élançant vers le plus haut du ciel (course entre les villes);
  • - la dogmatique catholique et protestante, toujours tourné vers les problèmes spirituelles, dialogue mystique avec Dieu, se détournant des questions prosaïques;
  • - la peinture construisant des espaces au moyen de lumières et d'ombre; certaine tableaux sont de pure espace et cela est resté jusqu'à l'impressionnisme et même après;
  • - la mathématique (invention des fonctions avec la notion d'infini;
  • - l'être occidental qui a une conscience aiguë de son destin, méditant sur le passé et l'avenir;

Cette course, trépidante et haletante vers l'illimité, vers l'infini, perdure encore jusqu'à nos jours, même si au départ (gothique, baroque), la recherche de l'infini était tournée vers l'intérieur de soi (mystique), alors que aujourd'hui, cette quête « infinitésimale » est entièrement tournée vers l'extérieur. L''homme n'est jamais satisfait du niveau auquel il est parvenu : recherche permanente de nouvelles découvertes scientifiques, spirituelles, intellectuelles, artistiques, croissance économique permanente, auquel s'ajoute l'esprit d'expansion, par la conquête du monde : empires coloniaux, mondialisation économique du fait du succès en efficacité de sa forme économique (système capitaliste) et donc occidentalisation du monde par la voie économique.

On peut définir en un monde la culture de l'Occident : l'expansion totale perpétuelle, ce qui n'est pas le cas des autres cultures, qui sont restées totalement ou partiellement immobiles durant des siècles.

Il est d'usage de dire que la recherche de l'infini, l'expansion totale et permanente constitue le destin de l'Occident.

Le jour où son expansion s'arrêtera, ayant expérimenté toutes ses possibilités, cela voudra dire que l'Occident n'existera plus en tant que culture.

Dans son ouvrage « L'OCCIDENT/Une interprétation historique », Lucian BOIA définit la culture occidentale par ces 5 caractères spécifiques qui résument bien ce que je viens d'exposer :

INDIVIDUALISME - LIBERTÉ - DIVERSITÉ - ESPRIT DE DÉCOUVERTE - QUÊTE DE L'AVENIR

L'Occident, c'est l'Europe (27 pays) et les Etats-Unis et le Canada, auxquels il convient d'ajouter l'Australie, la Nouvelle Zélande, le Japon, et bien sûr Israël, et aussi l'Amérique du Sud. J'en oublie quelques unes peut-être.

Il est intéressant de rechercher à quel stade est parvenue la civilisation occidentale :

La ville mondiale au stade de la civilisation

Pour Spengler (et d'autres aussi) , la culture occidentale est parvenue au stade de la civilisation : je mets entre parenthèses mes observations personnelles d'actualité.

Au milieu de la ville, analyse Spengler, au lieu d'un peuple aux formes abondantes, qui a grandi dans le terroir, un nouveau nomade (« bobo »), un parasite habitant la grande ville, homme des réalités tout pur, sans tradition, noyé dans la masse houleuse et informe, irréligieux, intelligent, stérile, haïssant profondément le paysannat (et la noblesse terrienne qui en est la suprême expression).

Pour Spengler, Ville mondiale signifie cosmopolitisme au lieu de « patrie », sens froid des réalités au lieu de respect pour la tradition et ses enfants, irréligion scientifique pétrifiant la religion du cœur qui l'a précédée, « sociétés » au lieu d'États, droits naturels au lieu de droits acquis.

 

L'argent comme grandeur anorganique, abstraite, dépouillée de tout rapport avec le sens du sol fertile et les valeurs d'une économie domestique primitive - est un avantage que les Romains avaient sur les Grecs (aujourd'hui, l'argent est le grand  commun dénominateur des gens dits de gauche et des gens dits de droite, mais avec une grande hypocrisie de la part des gens de gauche qui se drapent sous leur bonne conscience, car « ils sont pour les pauvres »)

La ville mondiale n'a pas un peuple, mais une masse

  • - Son incompréhension du traditionnel, dans lequel elle combat la culture (la noblesse, l'église, les privilèges, la dynastie, les conventions artistiques, la possibilité d'une limite à la connaissance scientifique); 
  • - son intelligence froide et perspicace, supérieure à celle du paysan; (même la morale, l'antiracisme, sont rationalisés, cf. Le Monde); 
  • - son naturalisme d'un sens tout nouveau, qui prend sa source dans les instincts les plus vieux et les conditions primitives de l'homme, par-delà Socrate et Rousseau et loin derrière eux, en ce qui concerne toutes les questions sexuelles et sociales (cf. l'ouvrage «La vie sexuelle de Catherine Millet», mais la culture de l'émotion de masse cultivée par les médias, lors d'accidents, de catastrophe, cellule de psychologues qui remplacent les prêtres de jadis); 
  • - le «panem et circences» qui reparaît sous le manteau de la luttes des salaires et de la place du sport; gladiateurs foot-balleurs, Noah, etc., les festivités de Paris: Nuit blanche, Fête de la Musique, Gay Pride, Paris-Plage. Ce n'est plus homo sapiens, c'est homo festivus; 
  • - tout cela marque, à côté de la culture définitivement achevée, à côté de la province, une forme tout à fait nouvelle et tardive, sans avenir, mais inévitable, de l'existence humaine.

Ce tableau de la ville au temps de la civilisation (vieillesse de la culture) n'est-il pas criant de vérité ? Il n'y a qu'à regarder la Ville de PARIS (mais aussi LONDRES ou BERLIN), et ces villes de provinces sans aucune vitalité (politique, culturel, spirituel et intellectuel) dont la vacuité de la presse régionale est un reflet réaliste.

Dans la période vieillesse, le pacifisme s'y développe, ainsi qu'une nouvelle forme de religion, allié à la psychologie rationaliste : philosophie sceptique à Rome, bouddhisme en Inde, Philosophie des Lumières, socialisme « scientifique » , problèmes sexuels considérés comme seuls critères de réussite ou d'échec, métaphysique du Progrès, etc.

La vieillesse d'une culture (civilisation) peut se terminer par une mort rapide (Rome - 476) ap. JC) mais peut aussi durer plusieurs siècles : Spengler cite en exemple la civilisation islamique.

La civilisation se termine par une forme de barbarie, pour ensuite entrer dans une période où les populations des villes ont perdu toute identité, abandonnent les villes et perdent jusqu'au souvenir de leur propre culture, dans une espèce d'hébétude, se bornant seulement à travailler pour vivre, dominés par des groupes armés qui prélèvent leur butin sur eux.

À ce moment-là, sur la base d'une paysannerie, du retour à la terre, se prépare la naissance d'une nouvelle culture puis le cycle peut alors recommencer, si les conditions historiques, géographiques et psychiques  s'y prêtent.

Commentaires (4)

1. Emmanuel Le 30/09/2009 à 09:24

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Bonjour,
je lis avec intérêt votre définition de la civilisation occidentale. Mais on pourrait y ajouter un autre fil rouge : la quête de la vérité, à travers le débat contradictoire et la science. On part alors de Socrate, on voit aussi les Scolastiques (les Disputatios), l'Encyclopédie (la recherche au travers des "Salons littéraire" d'une synthèse des connaissances), enfin l'entreprise de la science moderne. Ce qui manque à notre époque c'est des Agoras, où à partir des connaissances les plus pointues, il serait possible d'aborder à nouveaux frais les questions métaphysiques et philosophiques qui taraudent notre civilisation.
Vous lirez peut-être avec intérêt différents textes sur www.tolerance-active.org notamment celui consacré à "Quel projet de civilisation pour l'Europe?"
Bien à vous

2. Pierre Marcowich Le 30/09/2009 à 13:34

En effet,la quête permanent (le souci) de la vérité fait partie de la logique organique de la culture occidentale depuis son commencement vers l'an 1000. C'est pour l'Occident un souci moral, un commandement qui doit s'appliquer, d'ailleurs, à tous les peuples de l'univers (ce qui n'est pas le cas pour les autres cultures. Le problème, c'est que pour comprendre l'Autre, l'Occidental lui applique spontanément ses propres schémas logiques.
Vous avez raison d'évoquer les "disputatio" (ou plutôt "disputiones", discussions contradictoires sur la théologies au Moyen-Âge, pourtant sous l'Inquisition. On peut citer la controverse de Valaldolid (1550) sur le fait de savoir si les indiens ont une âme, gagnée par le dominicain Bartolomeo de Las Casas (c'est cette tradition de controverses religieuses permanentes acceptée et organisée par la papauté tout au long du moyen-âge (malgré l'Inquisition) qui donna à l'Occident cette caractéristique spécifique de libre discussion et libre pensée, aujourd'hui laïcisée, mais qui s'avère en péril quand on lit les journaux ou on écoute la radio.

3. Emmanuel Le 02/10/2009 à 02:54

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Bonjour Pierre,
vous semblez penser que le souci de vérité serait "Occidental". J'ai du mal à imaginer des peuples qui ne veulent absolument pas savoir ce qui est vrai ou faux. Un mari ne préfère-t-il pas toujours savoir si sa femme le trompe? Un malade ne préfère-t-il pas savoir si le remède qu'on lui donne sera efficace? Un croyant n'a-t-il pas un intérêt suprême à savoir si son Dieu est le Vrai, ou un Faux Dieu, et s'il ira droit dans l'enfer?
Bref, le souci de vérité coïncide avec notre intérêt (égoïste) le plus essentiel. L'Occident a bien vu cela, cet intérêt universalisable en principe, et s'est donné des moyens inédits de recherche de la vérité (par la science et l'examen rationnels, notamment).

4. Pierre Marcowich Le 02/10/2009 à 15:34

Bonjour Emmanuel,
Je ne prétends pas que la recherche de la vérité, le débat contradictoire, la remise en cause de soi-même qu'elle peut provoquer soient une spécificité exclusive de l'Occident. Vous avez abordé le thème de l'Occident, je vous ai répondu sur cette culture. Elle a aussi existé dans l'Antiquité. Pour la culture arabo-islamique, par exemple, elle n'existe pas dans son âme intérieure, sauf peut-être aujourd'hui, de façon très marginale, du fait de l'influence prépondérante de l'Occident, mais ce n'est pas sa spécificité.
Quant aux types de vérités que vous évoquez, vous mélangez les catégories : vous citez, d'abord, des vérités d'ordre pratique (soupçon d'adultère, espoirs de guérison) et dans ce cas, c'est vrai, ces angoisses sont universelles : pour trouver la réponse à ces questions, vous pouvez faire appel à votre capacité d'examen rationnel, ou bien aux psychologues comme d'autres aux marabouts.
Par contre, la remise en cause de l'existence de Dieu ne peut être résolue ni par la Raison ni par les psychologues ni par les marabouts. C'est une question métaphysique relative à notre "être intérieure", et quand elle régit une culture, il est difficile de remettre en cause une telle croyance. C'est ce qu'a pourtant osé l'homme occidental, dont le sentiment vital consiste à toujours transgresser ses propres limites. C'est la remise en cause de questions essentielles métaphysiques, philosophiques, politiques, sociales( controverse de VALLADOLID, existence de Dieu, comme vous dites, etc.) que j'évoquais dans ma précédente réponse, qui est la caractéristique de certaines cultures.
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