Oswald SPENGLER est né dans la ville de BLANKENBURG, dans le Harz, en Allemagne centrale, en 1880.
Sa famille, qu'on peut considérer comme appartenant aux classes moyennes, était composée de quatre enfants. Il en était l'unique garçon, et de plus l'aîné.
Du côté de sa mère, sa famille avait une orientation artistique. Son père fut tout d'abord un technicien des mines. Il devint ensuite et ensuite employé des Postes, donna à sa famille un modeste mais solide niveau de classe moyenne.
Il fut, toute sa vie accablé de violents maux de tête, angoisse, ce qui d'ailleurs ne l'empêcha pas de se concentrer et de faire preuve d'une très grande créativité dans la conception d'idée d'envergure.
À dix ans, son père emmena toute la famille s'installer dans la ville universitaire de HALLE universitaire de HALLE (Saxe-Anhalt, ancienne Saxe Prussienne), qui, à l'époque, comprenant environ 100.000 habitants.
Au lycée, il reçut une éducation mi-classique, qui incluait à la fois le grec, le latin, les mathématiques et les sciences naturelles.
Durant cette époque, il manifesta un fort penchant pour les arts, spécialement la poésie, le drame et la musique.
C'est à cet âge qu'il découvrit GOETHE et NIETZCHE, dont les œuvres l'influenceront tout au long de sa vie.
Les années de formation intellectuelle
Il entra en 1901 à l'Université de MUNICH., après la mort de son père.
Suivant la coutume des étudiants allemands, encore vivante aujourd'hui, il poursuivit ses études dans d'autres universités - d'abord à BERLIN et ensuite à HALLE.
Aucune biographie ne rapporte qu'il se livra à des duels, autre coutume des étudiants, aujourd'hui abandonnée.
Il se consacra à l'étude des cultures classiques, des mathématiques et des sciences physique. Son éducation universitaire fut en majeure partie financée par un héritage reçu d'une tante décédée.
Oswald SPENGLER présenta sa thèse de doctorat à l'Université de HALLE. Elle avait pour sujet les fondements de la pensée matérialiste du philosophe de la Grèce antique HÉRACLITE.
Oswald SPENGLER ne réussit son doctorat du premier coup, le jury lui reprochant à sa thèse de manquer de références bibliographiques. Certains critiques postérieurs n'ont pas manquer de rappeler ce premier échec.
Finalement, il obtint son doctorat lors d'un second essai, en 1904, et avec un examen supplémentaire, il reçut le titre de professeur.
Son premier emploi fut dans une institution privée de SAARBRÜCKEN. Puis, il enseigna à DÜSSELDORF et HAMBURG.
Les matières qu'il enseigna était les mathématiques, la physique, l'histoire et la littérature allemande, suscitant l'admiration et le respect de tous ses élèves. Mais l'enseignement, ce n'était vraiment pas sa vocation.
Quant sa mère mourut en 1911, il bénéficia d'un petit héritage, ce qui lui permit de travailler de manière indépendante.
Il s'établit alors à MUNICH. C'est durant cette période qu'il commença à écrire son premier livre sur la politique de son époque. Le danger qu'il présentait pour l'Allemagne était son isolement. Toute sa vie, il eut toujours peur que l'Allemagne se laisse encercler et isolée par les pays qui lui étaient hostile, dont la France.
Il comprit peu à peur que les évènements particuliers (crises de Tanger, diplotiques, révolutions) ne pouvaient qu'analysées de façon globale, en terme de culture. C'est alors qu'il vit que l'Europe marchait vers un déclin inexorable.
Bien, que relativement jeune (34 ans), en raison de son état de santé, Oswald SPENGLER ne fut pas mobilisé, même pas dans les unités de soutien logistique éloignés du front ou de sécurité intérieure.
Il consacra le temps de la guerre à suivre à réfléchir sur les terribles évènements en cours. Bien qu'il s'efforçait d'analyser la situation de façon lucide et objective, sa correspondance privée à sa famille et ses quelques amis font ressortir que son cœur battait intensément pour l'Allemagne.
La première Guerre Mondiale (1914-1918) lui confirma seulement la validité de sa thèse. Son oeuvre commença à s'élargir, bien au-delà de ses limites initiales.
Oswald SPENGLER comprit l'Europe comme un unique bloc géopolitique et culturel et les confrontations entre nations européennes lui paraissaient directement des propositions au suicide.
Par malheur, la crise économique l'affecta bien sûr lui aussi. La majeures partie de ses placements se retrouva pulvérisée par la guerre et il termina les années de guerre en vivant dans une pauvreté réelle et marquée.
Cependant, il continua son travail, écrivant souvent à la lumière d'une simple bougie.
En 1917, son ouvrage était prêt à être publié. Mais trouver un éditeur ne fut pas un tâche simple, car le sujet de l'ouvrage n'ait pas très « commercial », outre qu'avec la guerre et ses conséquences économiques, l'édition avait peine a survivre.
Malgré tout, dans l'hiver 1918, en même temps que l'effondrement allemand, apparût le premier tome de « La décadence de l'Occident »[1], sous-titré « Forme et Réalité ».
Cependant, contre toute attente, l'ouvrage obtint immédiatement un grand succès.
En effet, l'ouvrage offrait une explication cohérente au grand désastre européen, le présentant comme une partie d'un grand processus mondial pratiquement inévitable.
Mais rapidement, Oswald SPENGLER dut à subit les jalousies de certains historiens réputés professionnels. Ils commencèrent aussitôt à considérer l'ouvrage comme le travail d'un « amateur ».
En 1922, SPENGLER publia une seconde édition révisée du premier tome, avec des révisions et des corrections mineures.
L'année suivante parut le second tome sous-titré « Perspectives de l'Histoire Universelle ». Il n'y eut pas de corrections postérieures.
Oswald SPENGLER se déclara satisfait de son travail et toutes ses déclarations et publications postérieures ne sont plus, dans un certain sens, que des développements et des variations sur le thème de base établi dans son œuvre principale.
Après la publication du premier tome du « Déclin de l'Occident », Oswald SPENGLER se tourne de plus en plus vers l'action politique d'Allemagne.
Après avoir été témoin de la révolution communiste de Bavière et de la brève république soviétique qui en résultat, il écrivit un livre court intitulé Prussianité et Socialisme[2]. Sa thèse principale consistait à proposer aux conservateurs et socialistes, au lieu de se massacrer mutuellement, de marcher ensemble sous la bannière du socialisme. À son avis, le socialisme était non pas ce que MARX avec son matérialisme dialectique avait fait de lui, mais essentiellement quelque chose de pareil à l'esprit prussien. Le Grand Frédéric n'avait-il coutume de dire : « Je suis le premier serviteur de l'État ».
Cependant, ni le « socialisme prussien » d'Oswald. SPENGLER ne trouva un écho favorable dans le monde de son époque. Il ne réussit pas non plus à établir des relations solides avec les hommes politiques de son époque.
1924 : Oswald SPENGLER refuse de collaborer avec le Parti Nazi
« Le déclin de l'Occident », composé entre 1914 et 1918, constitue un ouvrage de deux tomes, comprenant chacun plus de 400 pages, sur la société, la culture et la civilisation américano-ouest européennes, incluant une analyse du rapport de l'argent et du pouvoir, une étude de la culture juive depuis la plus haute antiquité, et dans lequel, à travers ces presque 900 pages, on ne rencontre pas une seule fois, la plus minime expression ou allusion antisémite, alors que l'antisémitisme est de rigueur partout en Europe, et bien sûr en France !
En 1924, Gregor STRASSERS[3], directeur des « Cahiers Mensuels National-Socialistes », lui ayant offert de collaborer à la revue, Oswald SPENGLER repousse cette offre en raison de « l'antisémitisme primitif » du parti nazi.
Oswald SPENGLER publia L'Homme et la technique [4] en 1931. Dans cet ouvrage, il constate que le développement des technologies avancées est quelque chose de propre et de caractéristique à l'Occident et que les Européens ne devrait pas les remettre de façon non contrôlée à la périphérie extra-européenne.
le 30 janvier 1933, Hitler est nommé à la Chancellerie de la République de Weimar. Aux élections du 5 mars 1933, les nazis obtiennent 44 % des sièges au Reichstag. Le 23 mars 1933, une loi accorde à Hitler les pleins pouvoirs par 441 voix contre 92. La dictature s'installe en Allemagne, avec l'assentiment de la majorité du peuple. De grands intellectuels et philosophes, auparavant d'opinion démocrate libéral, se rallient au régime.
Bien adversaire de la démocratie parlementaire, Oswald SPENGLER ne se rallie pas au régime nazi.
En vue des nouvelles « élections » prévues en novembre 1933, Josef GOEBBELS lui adresse, le 20 octobre 1933, un courrier par lequel il lui propose d'écrire un article en faveur de la politique du « Chancelier du Peuple ». Oswald SPENGLER lui répond qu'il n'a pas coutume de faire de la propagande à l'occasion d'élections et qu'il n'envisage pas de s'y mettre dans le futur. Il lui demande de faire cesser les attaques dont il est l'objet dans la presse de son parti et de lui permettre d'écrire des articles dans la presse sur des sujets de politique étrangère. En même temps, la constitution de la République de Weimar n'étant pas juridiquement abolie, Oswald SPENGLER corrige l'expression « Chancelier du Peuple », empreinte de démagogie, utilisée par GOEBBELS, par le titre constitutionnel exact de Hitler : « Chancelier du Reich ». Par contre, Oswald SPENGLER lui demande de venir le voir, lorsque Goebbels se rendra à Munich bientôt, car il a « des propositions sur différents sujets » à lui faire[5] ! Une sorte de convocation ! On reste sidéré par le ton condescendant et même arrogant d'Oswald SPENGLER face à un homme aussi puissant que l'était déjà GOEBBELS à cette époque, quand tant d'autres intellectuels et philosophes « professionnels » adoptaient une attitude plus que servile à l'égard des nouveaux maîtres.
Pourtant, quelques critiques - pas précisément les plus brillantes, mais certainement de mauvaise foi - accusent SPENGLER d'avoir été « promoteur » ou « précurseur » du national-socialisme.
Comme on vient de la constater, la vérité c'est que Oswald SPENGLER ne coopéra en rien avec les autorités du parti nazi. Mais il faut savoir que les nazis vidèrent de leur sens et pervertirent certains de ses concepts (races, le sang, Reich de mille ans, etc.) en y substituant un sens biologique grossier à leur contenu absolument métaphysique et psychique.
1934 : Oswald SPENGLER publie « Années décisives »
Quand, en 1934, il publia « Années décisives »[6], écrit en 1933, sa vision critique du national-socialisme récemment installé au pouvoir se fit plus évidente encore.
Par essence, ce que SPENGLER reprochait à HITLER et ses partisans était une vision trop étroite, trop chauviniste, de la question européenne. C'est ainsi qu'il prédit la Seconde Guerre Mondiale : « Peut-être sommes-nous tout près d'une seconde Grande Guerre, dont on ignore la répartition des puissances, et dont les fins et les moyens - politiques, économiques, révolutionnaires - sont imprévisibles ».[7]
Et Oswald SPENGLER d'ajouter :
« Si nous ne considérons nos rapports avec le monde entier, comme le problème le plus important, le destin - et quel destin ! - passera à côté de nous sans pitié ».[8]
Dans cet ouvrage écrit en 1933, Oswald met en garde le parti nazi : « (...) les national-socialistes croient pouvoir exister sans le monde entier et contre lui, et construire leurs châteaux en Espagne sans avoir à éprouver une résistance, au moins silencieuse mais très sensible, du dehors »[9].
Au final, les autorités interdirent la vente du livre. Oswald SPENGLER fut interdit de tribune dans la presse.
Oswald SPENGLER mourut d'un arrêt cardiaque de MUNICH le 8 mai 1936.
Il mourut convaincu qu'il avait trouvé une explication satisfaisante de l'Histoire et que les évènements de son temps confirmaient toutes les thèses exposées dans « Le déclin de l'Occident ». Il fut jusqu'au dernier moment persuadé que le monde occidental vivait une période de décadence et ce fait ne cessa jamais de le préoccuper profondément. Il aimait trop cette culture et il souffrait de la voir tomber dans le déclin.
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[1] « Der Untergang des Abendlandes »
[3] Gregor Strasser (1892-1934) homme politique allemand, membre de l'aile gauche du Parti nazi (N.S.D.A.P.). Il fut assassiné la 30 juin 1934 par la Gestapo lors de la nuit des Longs Couteaux.
[4] Der Mensh und die Technik
[5] SPENGLER LETTERS 1913-1936, 320 p ; (BRIEFE 1913-1936, Munich,1963) Translated and abridged from the German by Arthur Helps, GEORGE ALLEN & UNWIN LTD, London, 1966, pges 289 et 290.
[6] Jahre der Entscheidung
[7] Oswald SPENGLER, ANNÉES DÉCISIVES : L'Allemagne et le Développement historique du Monde : (Jahre der Entscheidung ; Munich 1933) ;. Traduit de l'allemand par Raïa Hadekel ; MERCURE DE FRANCE, 1934, page 17.
[8] Ibidem, page 18.
[9] Ibidem, page 25.
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